Aicha Macky, réalisatrice et féministe engagée.

La série Festival International de Film de Durban continue et, aujourd’hui, je fais mon premier article sur le cinéma nigérien. J’ai enfin rencontré la réalisatrice et productrice nigérienne Aicha Macky que j’ai commencée à suivre depuis le dernier FESPACO. Elle a réalisé le documentaire l’Arbre sans fruit qui aborde l’infertilité chez la femme. Ce documentaire a parcouru plus de 150 festivals dans le monde et a remporté plus de 50 prix. J’ai échangé et partagé plusieurs  jours avec la patronne de la boite de production Tabou production.

Aicha, pourquoi ta boite de production s’appelle-t’elle Tabou production ?

Tabou production parce que ma ligne éditoriale, c’est d’explorer tous les sujets tabous et non-dits  de notre société dans le but de briser la glace pour faire un dialogue autour de ces thématiques qu’on n’aborde pas et qui, quelque part,  font mal à la société. J’ai donc envie, avec la caméra, qu’on aborde ces sujets-là afin de changer les mentalités.

Et pour toi, est-ce le documentaire le meilleur genre pour s’exprimer?

Oui, puisque j’aime raconter des histoires réelles. Il est vrai qu’on peut raconter des histoires avec n’importe quel genre du cinéma mais avec le documentaire, l’histoire est beaucoup plus touchante. Elle parle beaucoup plus quand c’est la réalité et qu’elle a été vécue. J’aime surtout aborder les sujets qui parlent des conditions de la femme parce que c’est l’être le plus faible et il y a beaucoup de tabous autour d’elle.

Question polémique, beaucoup me disent que le documentaire n’est pas un genre pour le cinéma mais pour la télé. Ils pensent que c’est un nid d’incapables, dans le style tu as envie de faire du cinéma mais tu n’as pas la force pour tenir en fiction donc tu fais du documentaire. Que penses-tu de cela ?

(Rire) Tu as toi-même vu le résultat au Durban Filmmart : sur 9 bourses accordées, 8 sont allées aux documentaires donc je pense que cela devrait interpeler les gens qui pensent que le documentaire n’est pas un travail. La fiction est si simple, je peux rentrer dans ma chambre et imaginer une histoire. Mais pour faire du documentaire, il faut aller vers les gens, rencontrer un personnage, aimer son histoire, faire des repérages, faire de l’immersion s’il le faut, rentrer dans l’intimité des personnes, prendre autant de temps avent d’écrire juste l’histoire. Je ne suis pas là pour comparer la fiction et le documentaire mais si le cinéma se résumait au loisir, je ne le ferais pas. J’ai choisi de faire le documentaire parce que derrière, il y a un engagement qui est humain, social.

On a vu ton engagement dans le film l’Arbre sans fruit qui raconte ta propre histoire et le quotidien de beaucoup d’autres femmes africaines. Les regards envers toi ont-ils changé ?

Le changement s’observe sur un long terme. Néanmoins, j’ai remarqué que le regard a changé, pas qu’autour de moi mais aussi autour de la question dont j’ai traitée. Ce qui me touche personnellement, c’est quand à la sortie d’une salle, quelqu’un me dit «  ça fait longtemps qu’on a ce problème avec mon épouse, on n’arrive pas à en parler  ou quand on en parle c’est pour me disputer et là je prends l’engagement d’aller en consultation avec elle ». Je pense que le film a déclenché quelque chose. Faire ce film a également été une thérapie pour moi puisque j’ai pu parler de mon problème et c’est pareil pour les autres femmes qui ont intervenu dans le film.

Au dernier festival de Cannes tu as présenté ton nouveau projet « Zinder ». Ce même projet est revenu au Festival international du film de Durban, tu as pitché ton nouveau projet et a d’ailleurs eu le prix Afridocs. Parle-nous de ce nouveau projet et du prix que tu as reçu.

C’est un prix que m’a octroyé Afridocs. Zinder c’est ma ville natale et j’y ai grandi. C’est un havre de paix qui m’a bercée. Après l’évènement Charlie Hebdo le 15 janvier 2015, la ville est devenue tristement célèbre, beaucoup de personnes ont écrit sur la ville, ils ont écrit sur les jeunes de Zinder. Tout le monde raconte la vie de ces jeunes. Aujourd’hui, j’ai envie que ces jeunes se racontent eux-mêmes. Je veux leur donner la parole pour qu’on comprenne qui ils sont, pourquoi ils sont violents parfois. Dans ce film, je vais aussi montrer comment ils vivent quotidiennement puisqu’ils sont, pour la plupart, désœuvrés. Je veux qu’ils montrent leur vision du monde.

Des jeunes violents hein !!! Tu n’as pas peur de les approcher ?

Non, je n’ai pas peur puisque ce ne sont que des préjugés, des jugements. Ils font partie de notre société. Quand son bras est malade, on ne l’ampute pas, on le prend et on le soigne. C’est ce que je veux faire.

 

À propos d’Afridocs :

Afridocs est une plateforme qui diffuse des films documentaires africains. C’est comme avoir un festival de film  sur votre écran qui donne accès à des documentaires puissants et de qualité primés dans les plus grands festivals du monde.

https://afridocs.net/

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Le prix Afridocs

 

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