Tilaï, de Idrissa Ouédraogo  Du classicisme africain !  

La loi est dure mais c’est la loi ; force et respect doivent y rester. Là-dessus, les constitutionnels sont fermes. Mais, avant le droit écrit positif, les sociétés africaines étaient fondées sur un droit naturel. La morale et l’éthique venaient aisément inspirées des us et coutumes : le droit coutumier.

Le cinéma africain, à travers le chef d’oeuvre historique Tilaï du Burkinabè Idrissa Ouédraogo réalisé en 1990, porte évidemment les griffes d’une sentence ferme prononcée sur des fondements légalement coutumiers.

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Tilaï est une histoire d’amour compliqué, de morale, de loi, de principes, d’honneur et de courage. La femme qui commet l’adultère n’a pas sa place dans la société africaine traditionnelle. Ce principe est encore plus sévèrement puni quand il s’agit de l’inceste. Toute l’histoire de Tilaï se situe là. Une histoire purement africaine et qui dépasse les seules frontières du Burkina Faso où il a été réalisé. Toute l’Afrique est concernée par cette histoire et même le principe serait universel ! Avec ses thématiques variées, l’histoire de Tilaï reste l’une des plus touchantes et mémorables du cinéma africain. Elle est racontée avec une certaine sobriété et simplicité du langage, portée par de belles images, des décors qui rapprochent l’histoire à son espace et à son époque.

Amour, jalousie, honneur, courage et tuerie sont autant de thèmes abordés dans ce long métrage de 81 minutes tourné en 35 mm et qui, depuis 1990, a eu le mérite de ne jamais ennuyer son public qui l’a toujours redemandé.
Malgré son ancrage linguistique (réalisé en mooré, une langue nationale au Burkina Faso), l’œuvre – pleine de belles images expressives et de symbolismes métaphoriques – porte en elle le langage universel que peut comprendre tout spectateur. C’est le principe du beau cinéma.

Saga (joué par l’indomptable Rasmané Ouédraogo) qui avait quitté son village, n’y revient que deux ans plus tard. Au cours de son absence, son père a pris pour épouse sa fiancée. À son retour, se manifesta sa jalousie ; son amour pour l’ex-fiancée – la désormais femme de son père – est resté intact et réciproquement. Il commit l’adultère avec la femme de son père et tous deux tombèrent sous le coup de la loi. La sentence tombe : Saga doit être exécuté. D’une façon rhétorique bien choquante et pour la beauté de l’oeuvre, Idrissa Ouédraogo fait choisir le frère de Saga pour exécuter la sentence.
Tuera-t-il vraiment son frère pour respecter les principes des coutumes ? Avant de trouver la réponse à cette interrogation, le père de la femme adultère doit sauver son honneur dans le village.
Idrissa raconte de belle manière une histoire africaine avec une thématique bien pointue et artistiquement bien ficelée. Une histoire classique dont la réalisation a tout du beau cinéma pour plaire à des générations et des générations. Les personnages venant de toutes les catégories de la société, le décor original d’un village africain et les plans éloignés montrant d’une vue d’ensemble, le village et son paysage ; ce sont autant d’éléments qui portent bien le langage et le succès de ce film. Le beau paysage sec et l’accoutrement des acteurs sont d’une façon métaphorique en accord avec l’histoire et la dureté ainsi que la tristesse de la sentence prononcée.

Couronné grand prix du jury au festival de Cannes en 1990, la même année de sa réalisation, ce film dramatique d’une durée modeste reste accrocheur et mémorable, partout où il est vu.
Projeté par le Cinéma Numérique Ambulant dans les villages africains, cette fiction a toujours été accueilli par les villages comme un documentaire réalisé sur leur quotidien. Même si les réalités ne sont plus typiquement les mêmes dans certaines contrées africaines, il n’en demeure pas moins évident que ses principes sont restés chers à ces villageois qui y accordent respect et vocation.
Tilaï reste l’un des grands films de l’histoire du cinéma et jusqu’à nos jours continue d’être en phase avec tout un public qui le voit pour la première fois. À chaque édition de Cannes, quand il s’agit de faire le bilan des performances des cinémas africains, Tilaï s’impose comme une loi inévitable.

Critique publiée sur www.africine.org en Juin 2009. ( Espéra G. Donouvossi).

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